Recherche Libre Mathématique

les maths à l'école autrement et pour tous

concepts structurants

quelques grandes idées générales efficientes

Le contenu de la page

  1. préambule
    1. la culture math, encore…
    2. qu’est-ce qu’on regarde, finalement ?
  2. des idées générales structurantes
      1. prendre en compte le non-numérique
        1. un monde fécond à ne pas négliger
        2. être attentif aux événements de tous les jours
          1. des gestes du quotidien
          2. ouvrie les yeux
          3. l’espace
        3. la logique mathématique
        4. le non-numérique, lieu de symbolisation
        5. la matrice du numérique
      2. adopter ue vision transformationnelle
      3. favoriser la métamathématique
      4. garder en mémoire
        1. la routine générale
        2. les opérations cognitives principales

S’élever pour mieux voir, relier pour mieux comprendre et situer pour mieux agir. (Joël de Rosnay, le macroscope)

préambule

 

 

qu’est-ce qu’on regarde finalement ?

Un extrait tiré de l’ouvrage à paraître (titre provisoire) «Nouveaux développements de la pédagogie Freinet » (Jacquet-Francillon F., Marciniak M., Thorel D. et Thorel M.) :

 » Jacquet-Francillon F. :  …peut-on dire que ce que vous avez éprouvé, ce sont les limitations d’une culture coupée des processus de la vie réelle, la vie sociale et naturelle des individus dans leurs contextes pratiques ?
Marcel Thorel :  – Oui. Notre but n’était pas de devenir agrégé de ceci ou de cela. Mais on s’est dit, délibérément, avec le prof de sciences naturelles : qu’est-ce qu’on regarde dans le fond ? Et quand on a répondu : de la croissance, de la reproduction, de la nutrition, de la respiration…, quand on s’est dit ça…, eh bien, tout s’est ouvert. On avait un schéma global pour intégrer les remarques et propositions des enfants et leur indiquer des pistes valables à partir de ces remarques. On a fait la même chose avec les maths ; on s’est demandé : qu’est-ce qu’on regarde? Et la réponse a été : des fonctions (des relations) et des lois de composition ; et c’est tout ; on a ramené les maths à cela, uniquement. Voilà ce qu’on a essayé de maîtriser, et la raison de le maîtriser. « 

des concepts structurants

Ces « concepts structurants » recouvrent
– un petit nombre de notions générales et abstraites telles que les relations, les relations fonctionnelles, les lois de composition*, qui servent de base conceptuelle ;
– quelques grandes idées générales transversales potentiellement riches en perspectives ;
– et divers procédés opérants, simples d’utilisation malgré leur complexité fonctionnelle.
Ils sont directement issus de notre expérience quotidienne de la recherche libre en classe et sont apparus au fur et à mesure de nos tâtonnements de praticiens.
Ils m’ont souvent rasséréné dans ce long fleuve pas toujours tranquille qu’est la découverte, la mise en place et le développement de cette technique pédagogique.
Ils jouent le rôle d’éléments simplificateurs pour faire face à la grande diversité des situations mathématiques rencontrées.
Ils permettent de dépasser la simple constatation des événements et des faits rapportés par les enfants en classe en provoquant des réactions et en déclenchant des actions créatives.
Ils soutiennent l’enseignant dans sa gestion des situations de vie et changent sa perception de celles-ci. Ils l’aident à les surplomber dans leur phase initiale d’accueil et de problématisation, et lui permettent de recevoir les apports parfois inattendus des enfants avec plus de sérénité.
Ils contribuent à sa construction d’une véritable culture mathématique professionnelle.

* voir partie 4 « domaines math »

des idées  générales  efficientes

 

Quelques grandes idées générales ont pour ambition de fournir aux enseignants des cadres organisateurs qui relient différentes notions, des outils de pensée pour changer leur regard, leur point de vue, pour les aider à voir ce qui est caché derrière ce qui est vu, entendre au-delà de ce qui est dit dans les situations de la vie quotidienne qui entrent dans la classe.
Ces lignes générales visent d’une part à l’accueil attentif d’un événement de vie présenté, d’un objet apporté, d’une remarque exprimée, d’autre part à leur problématisation sans en déposséder l’enfant qui en est l’auteur ainsi qu’à l’accompagnement  du processus de recherche engendré.

prendre en compte le non numérique

être attentif aux événements de tous les jours

Poussé par une force vitale qui l’entraine à découvrir son environnement pour s’y adapter, l’enfant fait naturellement quantité d’expériences.
Nombre d’événements du quotidien recèlent des concepts mathématiques potentiels.
Ces actions et ces gestes permettent d’explorer physiquement et intellectuellement des situations qui actualisent certains principes de la logique mathématique et qui sont les prémisses d’une construction réfléchie de structures mathématiques.

Les situations de vie quotidienne concrètes mais néanmoins complexes relèvent notamment du domaine de la mathématique non numérique. S’appuyer sur elles en classe, c’est se donner la possibilité de profiter de ce patrimoine potentiel de connaissances et de compétences qui se construit naturellement tout au long de la vie.
La vie quotidienne offre de nombreuses opportunités d’utiliser spontanément et de manière intuitive des concepts mathématiques (monter ou descendre un escalier suppose une certaine confiance dans la transitivité*).
C’est à partir de situations  de la vie courante que se dégagent les premiers points de départ de la recherche mathématique et leur  processus de construction réfléchie de concepts mathématiques.

Le monde du non numérique s’avère être l’espace de recherche mathématique idéal pour les jeunes enfants. Il leur offre la possibilité de faire leurs premiers pas vers une démarche mathématique raisonnée.
Il est le terreau des découvertes ultérieures dans le monde du numérique.

Il existe dans le non numérique des voies de réussite qui permettent d’accéder à la symbolisation, à la manipulation de symboles abstraits. Elles permettent à des enfants très jeunes (moins de six ans) de construire et manipuler des concepts mathématiques très élaborés.

* voir partie 4 « domaines math/math non numérique »

des gestes du quotidien

Après les premières manipulations spontanées et intuitives de la petite enfance, le jeune enfant ressent le besoin d’expliquer ce qu’il fait, d’affiner sa pensée. Les gestes du doigt et de la main font place aux mots et aux phrases, puis aux tracés au crayon. La nécessité de communiquer avec les autres, de leur expliquer, oblige à l’élaboration de représentations (dessins, schémas,…) de plus en plus précises.
– rassembler, construire, assembler des éléments (avec deux ou plusieurs cubes je crée un nouvel objet), aligner ;
– déplacer, défaire, partager, distribuer ;
– faire puis défaire (action réversible ou pas) ;
– plier, découper, déplacer ;
– jouer avec des reflets (miroirs, surface de l’eau) ;
– jouer avec des ombres ;
– modeler de la pâte à modeler.
D’autres actions plus intentionnelles incitent à la curiosité et à la discussion :
– mettre ensemble suivant un critère ;
– partager équitablement ou pas ;
– composer, décomposer des éléments ;
– refaire à l’identique, imiter ;
– changer
– remplacer, échanger ;
– trier, classer, ordonner, réorganiser ;
– comparer ;
– ajouter, enlever, compléter.

Toutes ces actions sont susceptibles, suivant l’intérêt suscité, d’être approfondies et de toucher ainsi au monde non numérique des propriétés, des relations, des fonctions et des lois*.

* voir partie 4 « domaines math/math non numérique »

ouvrir les yeux

Quel que soit l’événement qui a provoqué un intérêt, c’est toujours une remarque, un étonnement exprimé à la suite d’un arrêt sur la situation qui en est à l’origine. Cette bonne habitude s’installe assez rapidement et d’autant plus facilement dans la classe que chacun apprécie ces moments de libre « remue-méninges ».
Un exemple * :
Chaque matin, en arrivant, j’écris la date au tableau avec l’aide des plus jeunes (6/7 ans) :

Quel jour sommes-nous ? Comment fait-on si on ne sait pas ? Même question pour le numéro et le nom du mois.

Bien sûr, l’utilisation des couleurs est une provocation de ma part wink. Elle est remarquée et discutée : les trois couleurs, leur périodicité, le changement d’écriture scripte/cursive, les deux façons d’écrire le numéro de la date.

* voir partie 2 « des recherches/rituels du matin »

Cet événement provoque plusieurs interrogations et donc des recherches dans plusieurs champs du domaine non numérique ** :
–  les fonctions quelconques : changer l’écriture des mots (script/lié), des numéros (3/trois), changer les couleurs ;
– les fonctions successeur, prédécesseur ;
– les fonctions périodiques : les jours, les mois. Et les numéros ?
– les permutations : le bleu, le rouge et le blanc, c’est presque comme le drapeau français…
– faire les changements plusieurs fois (compositions)
– « mélanger » les changements : changer l’écriture puis la couleur, etc.

* voir partie 4 « domaines math/math non numérique »

l’espace

Dès le début, le bébé explore son espace environnant. Il l’observe, touche, attrape les objets qui l’entourent.
Il s’y déplace ensuite à quatre pattes pour en expérimenter les différents aspects : les passages possibles, les trous, les portes qui s’ouvrent ou non, ce qu’il y a derrière, les boites ouvertes ou fermées, etc.
Il va tout droit, change de direction, fait demi-tour ou revient au point de départ.
Il explore l’espace par le mouvement.
La géométrie de transformation* permet de prolonger cette expérimentation et d’aider à la formation de certains concepts.
De nombreuses situations dans la vie s’y prêtent :
– les mouvements, déplacements, seul, à deux ou à plusieurs, certaines danses ;
– la trace laissée par des pas dans la neige, par un vélo sur le sol, par des avions dans le ciel bleu ;
– une ligne dessinée par un pinceau sur une feuille ;
– de nombreux objets (pulls, tapisseries, décorations géométriques, …) présentent des motifs réguliers ;
– le monde végétal (fleurs, feuilles), animal (moustiques, papillons, …)
– les reflets dans un miroir, dans un lac ;
– les ombres dues au soleil ou à une lampe ;
Les occasions de s’étonner sont innombrables ! Il suffit d’ouvrir les (bons) yeux…

 

   

 

Ces événements présentés en classe ont été les points de départ de recherches d’ordre géométrique (homothétie, rotation, translation, symétrie axiale)

* voir partie 4 « domaines math/la géométrie de transformations »

la logique mathématique

 » J’habite rue des Poteries. »
Une phrase banale comme celle-ci peut très bien passer inaperçue.
Mais si quelqu’un réagit et dit   » Moi non « , alors il est possible que les choses évoluent. D’autres enfants vont se manifester :  » Moi non plus  » ou  » Moi aussi « . Cela peut en rester là, mais dans certaines circonstances, quand par exemple il s’agit dans les premières lettres de se présenter à son nouveau correspondant, cette info peut-être reprise. Ou même prolongée dans la lettre collective qui fait connaître tous les enfants de la classe avec entre autres leur nom de rue*, ou par une enquête sur le village avec plan et noms des rues.

Les phrases « X habite rue de la Planche », « Y habite rue du Marais »  ou  » Moi aussi  » prennent alors une coloration différente en devenant des énoncés mathématiques. Si on approfondit, on aborde
– des notions de propriété : J’habite rue de…, j’ai une sœur,…  oui ou non ;
– des notions de relation entre éléments : Y et Z habitent dans la même rue, X est plus grand que Y ;
– des relations entre ensembles (enfants et rues) ;
– des opérations logiques : oui-non, et, ou (inclusif ou exclusif), l’équivalence, l’implication avec le « si … alors… » et la notion de détermination.
Et toujours des nécessités de représentation, de symbolisation à gérer.
C’est tout l’univers des relations, des fonctions et des lois non-numériques puis numériques qui s’ouvre.*

Tous ces éléments fondent les futurs raisonnements, démonstrations et structures mathématiques rencontrés ultérieurement dans la scolarité… et dans la vie.

* voir partie 4 « domaines math« 

adopter une vision transformationnelle

L’activité mathématique ne se limite pas à la « simple » constatation des faits pour appréhender le réel. La fréquentation et la description de ceux-ci ne suffissent pas au développement des apprentissages.
Observer un carré, le décrire (encore faut-il savoir ce qu’il faut observer, ce qui est pertinent ou attendu, ce qu’il faut abstraire, écarter ou conserver), faire quelques mesures, tout cela permet sans doute d’énoncer quelques propriétés mais reste peu enthousiasmant.
En revanche, si l’on peut intervenir sur ce carré, le transformer, le plier,  le couper, le tourner, l’agrandir, reproduire sa forme, s’intéresser à son ombre au soleil ou à la lumière d’une lampe, etc., alors l’observateur devient chercheur : des difficultés à surmonter surgissent et des questions motivantes se posent.
De même, considérer deux carrés au lieu d’un seul incite à les comparer, à s’intéresser au passage de l’un à l’autre, à la nature du changement qui permet d’obtenir le second à partir du premier (ou l’inverse). Ou encore à varier leur disposition.
De nouvelles portes s’ouvrent : et que se passe-t-il si je réitère ce changement une fois, deux fois, x fois ?
Qu’est-ce qui change, qu’est-ce qui reste invariant ?
Le concept de carré se construit ainsi par la découverte de ses attributs spécifiques qui permettent de le distinguer des autres figures géométriques.
Mais il n’apparaît que comme une « péripétie » dans le mouvement d’exploration déclenché. Bien qu’utile, pratique et économique dans la gestion d’autres situations, le concept carré n’est pas une fin en soi, mais simplement un outil supplémentaire destiné à faire progresser la recherche entreprise.

« Et si … je faisais comme ça » ou « Et si je changeais ça … ».  Ces envies exprimées par les enfants, quand elles sont entendues et prises en compte, se révèlent être de solides promesses de découvertes.
Cette pédagogie par le mouvement et cette vision transformationnelle permettent de ne pas s’arrêter à la singularité de chaque situation mais de la dépasser en effectuant des classements et des généralisations. La pensée prend encore plus le pas sur l’action. Elle la guide.

favoriser la métamathématique

La métacognition désigne l’activité d’évaluation et de régulation de l’apprenant de sa propre cognition. C’est la réflexion sur l’action, sur les processus cognitifs suivis. Cette autorégulation participe à la construction des concepts et à « apprendre à apprendre ».
Dans le cadre de la recherche libre, la métamathématique joue un rôle central. Quand l’événement de départ est problématisé et l’objet de recherche défini, la résolution du problème par les représentations se construit dans un processus constant de tâtonnement par essais erreurs entre l’action et la réflexion sur cette action. Les choix adoptés sont constamment testés, autoévalués, conservés ou rejetés en fonction de leur pertinence par rapport au but poursuivi : une procédure experte de résolution de la situation singulière problématique.
Cette métamathématique s’inscrit implicitement et naturellement dans la démarche individuelle du chercheur. Mais elle opère également de façon explicite dans les échanges avec l’enseignant, avec d’autres enfants, et surtout lors de la communication des travaux avec le groupe pendant laquelle il faut être clair.

Cette activité métamathématique s’exerce également lors des phases ultérieures de la recherche avec le passage des solutions spécifiques à des concepts plus larges*.
Classements, généralisations, création de démarches générales de traitement participent au transfert des connaissances par ces régulations instrumentées.

* voir partie 1  la recherche libre mathématique/la démarche.

garder en filigrane la routine générale

 Le terme « routine » doit être compris, une fois encore, comme un champ de possibles permettant à l’enseignant d’accompagner le jeune chercheur dans son cheminement personnel, et pas comme un modèle à suivre. D’autres parcours existent, même si statistiquement, c’est celui-là qui est le plus fréquemment emprunté. Cette routine générale, synthétisée à partir de nombreuses tentatives de résolution de situations problématisées comporte quelques temps forts.

un moment de sensibilisation

Au début, un événement qui étonne ou interpelle devient un sujet d’intérêt. Une problématisation définit un objet de recherche précis et impulse une première appropriation de l’événement qui se traduit par la production de premières représentations.

un moment de collecte de données

La collecte de données devient plus efficace avec l’utilisation de « machines » qui reproduisent le phénomène de manière plus satisfaisante.

moment d’exploration des données

Une organisation des nouvelles données accumulées s’impose. Le classement et le rangement amènent à la découverte de règles, d’invariants. Des modes d’emploi, des techniques opératoires sont alors élaborés.

vers la maîtrise du phénomène

Elle se traduit par la capacité à comprendre et à résoudre la situation problématisée de manière autonome.

être attentif aux processus cognitifs en jeu

le processus de représentation-symbolisation

L’examen du problème posé se traduit par la production de représentations et de symbolisations de plus en plus pertinentes pour sa résolution.

le processus d’abstraction

Cette production de représentations s’accompagne d’une montée en abstraction. La conscience d’abstraire du chercheur joue un rôle premier dans la conservation du sens de ce qui est fait.

le processus de conceptualisation

La notion de concept recouvre à la fois l’opération mentale, le processus d’élaboration et son produit final, le savoir.

le processus de transfert

Un concept (le savoir et son élaboration) constuit lors de la résolution d’une situation problématique singulière peut être réutilisé pour gérer d’autres situations considérées comme similaires. Ce transfert ne s’opère toutefois que dans certaines conditions favorables : un chercheur acteur-auteur dans une démarche de projet dans  un environnement aidant.